Du 18 au 19 avril 2024 s’est tenue la réunion de lancement du projet ARCHERIF à l’Institut national supérieur du professorat et de l’enseignement (INSPE) d’Aix-en-Provence et au jardin du Pharo à Marseille, siège d’AMidex financeur du projet.
Durant ces deux journées, l’équipe de recherche, composée de Fidelia Ibekwe coordinatrice du projet, Marco Capellini co-porteur du projet et de Célia Kamel ingénieure de recherche, a reçu huit membres du Conseil Scientifique du projet issu de six pays différents dont :
- Alice Corble, Docteure et chercheuse en sociologie, Etudes Culturelles, Bibliothèques et Sciences de l’Information à l’université de Sussex à Brighton en Angleterre.
- Vincent Meyer, Professeur en Sciences de l’Information et de la Communication et sociologue de l’université Côte d’Azur à Nice.
- Fabrice Dhume, Professeur et sociologue de la faculté des Sciences Economiques, Sociales, Politiques et de la Communication de l’Université Catholique de Louvain en Belgique.
- Bjørn E. Bertelsen Professeur et anthropologue à la Faculté des Sciences sociales de l’université de Bergen en Norvège.
- Daniel Martinez Avilà, Professeur en Bibliothèque et Science de l’Information à l’université de Léon en Espagne.
- Maria Paula Meneses, Professeure en Anthropologie, Histoire et Etudes Décoloniales au Centre d’Etudes Sociales à l’université de Coimbra du Portugal.
- Thomas Mandl, Professeur à l’Institut des Sciences et Technologies de l’Information de l’université de Hildesheim en Allemagne.
- Evelyne Broudoux, Maître de Conférences émérite du CNAM à Paris.
Cet évènement a permis d’amorcer concrètement le projet, de créer des conditions propices à sa réalisation et de favoriser les échanges scientifiques.
La réunion s’est ouverte le 18 avril avec la présentation de Fidelia Ibekwe mettant en lumière le projet, les quatre objectifs principaux, le contexte dans lequel il a pris racine et les phases d’activités. Cette présentation inaugurale a ouvert la voie à des questions qui seront au cœur du projet, notamment : les types de racismes auxquels sont confrontés les minorités ethniques dans les établissements d’enseignement supérieur et de recherche en France, les mesures et les actions mises en place par les institutions à l’échelle internationale (best practices) ainsi que les formations ou ressources pédagogiques disponibles et leur efficacité.

Ouverture de la réunion par Fidela Ibekwe à l’INSPE d’Aix-en-Provence
La prise de parole de chaque participant nous a permis de comprendre les différentes situations et contextes des politiques anti-racistes à l’université à l’échelle européenne. En ce qui concerne les universités françaises, chacune emploie des termes et des approches différentes, ce qui crée une confusion dans les types de discrimination pris en charge. Pour le contexte européen ; Bjørn E. Bertelsen a présenté la situation des Universités en Norvège en matière de lutte contre les discriminations ; Daniel Martinez Avilà, celle des universités en l’Espagne ; Thomas Mandl celle de l’Allemagne et Paula Meneses la situation au Portugal. Il ressort de ces présentations que la plupart des pays de l’Europe continental n’ont pas de vraie politique de lutte contre la discrimination raciale à l’Université ni de politique clairement fléchée et efficace. En revanche, la présentation d’Alice Corble sur les initiatives au Royaume-Uni a montré que les initiatives qui réussissent le mieux sont celles menées par les étudiants, de manière ascendante (bottom-up). Elle a appelé cette forme de résistance la « disruption constructive ». Dans certains cas, les étudiants ont réussi à pousser leur gouvernance à prendre des mesures plus concrètes. Dr. Corble a notamment souligné le travail fait au sein de l’organisation des universités britanniques ‘Universités UK (UKK) sur l’élimination du harcèlement racial sur les campus qui a conduit à la reconnaissance, en 2021, explicite par les autorités de l’existence du racisme systémique à l’université affectant les minorités ethniques.
Cette réunion a permis l’émergence d’une réflexion à l’égard des méthodologies à adopter dans le projet ARCHERIF. Réfléchir aux méthodologies à mettre en place dans les enquêtes en sciences humaines et sociales est crucial afin de garantir la qualité et la validité des résultats obtenus. Cette réflexion implique une analyse approfondie des objectifs de recherche, des questions posées et du contexte spécifique dans lequel l’enquête sera menée. De plus, il est essentiel de prendre en compte les aspects éthiques liés à la recherche, tels que le consentement des participants et la confidentialité des données. Ainsi, Fabrice Dhume (Université de Louvain) a pu aborder ces questions au travers de l’exemple de l’enquête ACADISCRI, (projet qui s’est déroulé entre 2018-22 et qui se poursuit aujourd’hui sous la forme du projet ANR ESTRADES), visant à évaluer les discriminations dans les universités françaises. Cela a été le point de départ d’une réflexion autour d’un renouvellement épistémologique et méthodologique, car le choix des méthodes de collecte de données, qu’il s’agisse d’entretiens, de questionnaires ou d’observations, doit être soigneusement considéré en fonction de la population étudiée et des objectifs de recherche. Dans ce sens, l’intervention de Bjørn E. Bertelsen a mis l’accent sur l’eurocentrisme des méthodologies, le capitalisme universitaire et le racisme qui en découle. Les méthodologies utilisées doivent donc être adaptée au contexte. A ce titre, Vincent Meyer (Université Côte d’Azur) a présenté la méthodologie des scénarios qui peut être une approche pour relancer une discussion lors des entretiens de type focus-group.
Grâce à cette réunion, un environnement propice à la compréhension mutuelle a pu se mettre en place, permettant à chacun de saisir pleinement l’importance de cette initiative et de son impact potentiel. En discutant ouvertement des objectifs, des défis méthodologiques et des attentes, une base solide a été établie pour le travail à venir. Les échanges fructueux qui ont eu lieu ont permis de dessiner les synergies potentielles à exploiter. En somme, cette réunion n’était pas seulement un moment de communication, mais aussi le point de départ d’une collaboration dynamique et productive permettant d’avancer efficacement vers la réalisation d’objectifs communs : lutter contre le racisme à l’université et dans le monde de la recherche.
À l’issue de ces journées, une vidéo de présentation du projet ARCHERIF a été réalisée. Dans cette vidéo, disponible dans la rubrique « Accueil » du site internet, Fidelia Ibekwe, Fabrice Dhume, Alice Corble et Bjørn E. Bertelsen exposent les objectifs et l’importance de ce projet de recherche. Nous vous invitons à visionner cette vidéo afin d’avoir un aperçu approfondi de notre projet et de notre engagement.
Les deux journées ont permis aux partenaires des échanges intenses témoignant de leur investissement dans ce projet de même que leur volonté à contribuer de manière significative à son lancement et à son succès.

Les membres du projet et les partenaires internationaux au jardin du Pharo à Marseille le 19 avril 2024